ÉDITORIAL

Quand la rigueur devient excès …

 

Avec l’espoir de sortir des divers confinements et la réouverture attendue des restaurants, il va falloir faire attention à ce que l’on met dans son assiette… Mais faut-il pour autant se fier absolument aux recommandations « officielles » lorsqu’elles touchent à notre alimentation ? Souvent, en effet, chacun a tendance à voir midi à sa porte, en oubliant parfois le paysage global.
Les recommandations insistent toutes sur l’importance de la réduction des apports sodés. Ces recommandations se fondent sur le lien positif généralement démontré entre quantité de sel ingéré et niveau de pression artérielle (dans l’étude française NutrinetSanté1 , il n’y a cependant pas de lien entre apports en sel et pression artérielle chez les femmes). Pourtant, on estime que seul un quart environ de la population générale est sensible au sel, et la moitié de la population hypertendue, avec d’importantes variations d’origine génétique. Au cours des 10 dernières années, deux grandes études, l’étude épidémiologique PURE2 avec plus de 100 000 participants dans le monde entier, l’autre analysant la population des essais ONTARGET et TRANSCEND3 , constatent en réalité une courbe en J avec un risque cardiovasculaire et surtout un risque de mortalité (toutes causes confondues) minimum pour un apport quotidien de sel entre 3 et 5 grammes. Il n’est donc peut-être pas nécessaire d’imposer à tous un régime hyposodé strict ! L’ANSES nous apprend que la consommation de sel en France est en moyenne de 8,7 g/j chez les hommes et 6,7 g/j chez les femmes, provenant essentiellement des aliments industriels ; il faut y ajouter le sel saupoudré en supplément sur les aliments. A titre indicatif, une baguette contient près de 5 g de sel. Il nous reste donc de la marge avant d’arriver en dessous de 3 g, mais ne cherchons pas à trop bien faire quand même. De même, il est classique de recommander un régime pauvre en graisses. Et là, les conclusions de Jean Ferrières, qui rappelait, dans le numéro de CORDIAM de janvierfévrier 20174 , la complexité de la physiologie des acides gras, sont toujours d’actualité. Elles ont même été renforcées par une autre analyse de l’étude PURE5 , qui montre que les apports en graisses y compris les apports en graisses saturées, sont corrélés de façon favorable à la mortalité et ne sont pas associés au risque d’infarctus ou à la mortalité cardiovasculaire. Pour nous-mêmes et pour nos malades, évitons donc une rigueur excessive et il paraît de bon sens de proposer surtout une alimentation diversifiée.

D’une façon générale, en matière de recommandations diététiques, nous devons rester humbles, car il faut bien reconnaître que nous sommes encore très ignorants.
Notre façon de manger est archi-complexe à analyser, et l’alimentation forme un tout : par exemple, les apports en sodium sont évidemment corrélés à ceux en chlore, potentiellement dangereux pour le rein, ou à ceux en potassium ; de même, si on mange plus de viande, c’est probablement qu’on mange moins d’autre chose etc… A cela, il faut ajouter le plaisir plus ou moins grand que peut nous apporter notre nourriture, en fonction de nos goûts individuels : un plaisir qui ne fait certainement pas de mal à nos artères.
En tout état de cause, à moins d’être gravement insuffisant cardiaque, n’hésitez pas à faire des écarts la première fois que vous retournerez au restaurant !

Nicolas Danchin

RÉFÉRENCES
1. Am J Hypertens 2015 ; 28 : 362
2. Lancet 2018 ; 392 : 496
3. JAMA 2011 ; 306 : 2229
4. CORDIAM 2017, 15: 21
5. Lancet 2017 ; 390 : 2050

 

Liens d’intérêt (10 dernières années) :

Subventions de recherche : Amgen, Astra-Zeneca, Bayer, Intercept, Eli-Lilly, MSD, Pfi zer, Sanofi .
Honoraires pour conférences/consultance/études : Amgen, Astra-Zeneca, Bayer, BMS, BoehringerIngelheim, Daiichi Sankyo, Intercept, Lilly, MSD, Novartis, Novo-Nordisk, Pfi zer, Sanofi ,Servier, UCB, Vifor.

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