ÉDITORIAL N°45

Avec le chocolat, pas de surprise ! 

 

Nous venons de passer Pâques et c’est donc le bon moment pour me laisser aller à vous parler des effets du chocolat sur la sphère cardiovasculaire ! Justement, une large étude randomisée nord-américaine, COSMOS, apporte des informations nouvelles : 12 666 femmes de 65 ans ou plus et 8 776 hommes de 60 ans ou plus ont été inclus dans un essai en plan factoriel d’une durée de 3,6 ans, avec une double randomisation, extraits de cacao (500 mg de fl avonols incluant 80 mg d’épicatéchine, l’équivalent de plus de 100 g de chocolat riche en flavonols) contre placebo, et multivitamines contre placebo. Le critère de jugement principal pour la randomisation cacao/placebo associait mortalité cardio-vasculaire, infarctus du myocarde, AVC, revascularisation coronaire, maladie athéromateuse carotidienne, chirurgie d’artériopathie périphérique et angor instable. Le risque d’événement cardiovasculaire est réduit de 10 %, mais de façon non significative, par les extraits de cacao (HR 0,90, IC 95 % 0,78-1,02, P=0,11), avec une diminution de la mortalité cardiovasculaire (HR 0,73, IC 95 % : 0,54-0,98) et de la mortalité totale (HR 0,89, IC 95 % 0,77-1,03). L’analyse « per protocol » éliminant les sujets non-adhérents montre des résultats cohérents, avec une réduction du critère principal de 15 % (HR 0,85, IC 95 % : 0,72-0,99). Deux analyses de sous-groupes ressortent : l’effet parait net chez les fumeurs (HR 0,77, IC 95 % : 0,63-0,93) et absent chez les non fumeurs (HR 1,05 ; IC 95 % 0,87-1,27) et plus marqué chez les personnes ne consommant pas régulièrement de chocolat (HR 0,80, IC 95 % 0,63-1,02). Il n’y a pas d’interaction avec la prise de multivitamines, ni d’effet sur le cancer. Les céphalées, et surtout les migraines, sont moins fréquentes. Aucun effet indésirable n’est constaté. Cette étude a l’avantage, rare, dès qu’il s’agit d’études touchant à la nutrition, d’avoir été menée en double aveugle, sur une période assez longue. Mais elle a, par voie de conséquence, l’inconvénient de n’avoir pas pu prendre en compte un potentiel effet bénéfique psychologique additionnel de la consommation de vrai chocolat, effet qui, si j’en crois ma propre expérience, est loin d’être négligeable !

Les données de COSMOS méritent d’être mises en perspective avec les travaux antérieurs. Plusieurs études de cohorte ont ainsi montré une association favorable entre forte consommation de chocolat et réduction des événements cardiovasculaires. Ainsi, dans l’étude EPIC-Norfolk (20 951 adultes suivis 11 ans), le risque de cardiopathie ischémique ou AVC était plus faible de 14 % chez les gros consommateurs (16-99 g de chocolat par jour) par rapport aux non-consommateurs. Dans EPIC-Allemagne (19 357 personnes suivies 8 ans) le risque d’AVC ou d’infarctus était lui aussi plus faible, de 39 %, chez les gros consommateurs de chocolat. Sur le plan physiopathologique, de nombreuses études ont recherché les mécanismes de ces effets bénéfiques : une action sur la fonction endothéliale, avec un effet sur la pression artérielle à peu près certain, comme en atteste une méta-analyse Cochrane récente (une réduction de 2 à 3 mm Hg des pressions systolique et diastolique, soit guère moins que ce qui est observé après dénervation rénale !) ; une action probable sur la fonction plaquettaire ; ou encore un effet sur les lipides avec une augmentation du HDL et une diminution de l’oxydation des LDL.

En somme, lâchez-vous et mangez du chocolat ! Sans oublier toutefois qu’il y a chocolat et chocolat. C’est bien le cacao qui a un effet bénéfique et il faut donc privilégier les chocolats à forte teneur en cacao (même si le parallèle entre contenu en cacao affiché et contenu en épicatéchine est discutable). N’oublions pas non plus que certains chocolats contiennent des additifs, comme l’huile de palme, ni que le chocolat est très calorique (d’ailleurs, plus le contenu en cacao est élevé, plus le chocolat est calorique). Enfin, méfiance avec certains chocolats industriels, très appréciés des enfants, inconscients du risque de salmonellose… Bref, l’heureuse surprise c’est la composition même du chocolat, et pas l’intérieur de l’enveloppe chocolatée !

Sesso HD et al. Am J Clin Nutr 2022

 

Nicolas Danchin, Paris 

Liens d’intérêt (10 dernières années) : Subventions de recherche : Amgen, Astra-Zeneca, Bayer, Intercept, Eli-Lilly, MSD, Pfi zer, Sanofi . Honoraires pour conférences/consultance/études : Amgen, Astra-Zeneca, Bayer, BMS, BoehringerIngelheim, Daiichi Sankyo, Lilly, MSD, Novartis, Novo-Nordisk, Pfi zer, Sanofi , Servier, UCB, Vifor.

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