Pour vous, quelles ont été les 2 ou 3 principales avancées en cardiologie depuis l’an 2000 ?

Plutôt que de citer des avancées en cardiologie très ciblées j’ai préféré choisir des avancées dans trois domaines cardiovasculaires qui m’ont impressionné depuis 2000 et qui je pense n’ont pas fini de m’étonner.
Dans le domaine de la physiopathologie l’avancée des connaissances en génétique cardiovasculaire me marque beaucoup. Elle permet de combler des lacunes de nos connaissances et de renverser certaines de nos certitudes. Les nouveautés qui en découlent font progresser les diagnostics et devraient aider peut être à faire disparaître bientôt le terme de cardiopathie idiopathique. Des progrès dans la prévention familiale des accidents cardiaques devraient aussi en découler. Dans le domaine interventionnel, le développement et la reconnaissance universelle de la mise en place d’une bioprothèse valvulaire aortique par voie transcathéter, le TAVI, sans circulation extra corporelle a été une avancée exceptionnelle. Celle ci doit permettre une révolution de la thérapeutique interventionnelle.
Enfin dans le domaine de l’imagerie, les progrès vont si vite, que le délai d’obsolescence de nos appareils se raccourcit de plus en plus.

 

Quelle a été votre meilleure expérience professionnelle ?

Ma plus belle expérience professionnelle va vous surprendre. D’autant plus qu’elle est un peu éloignée de la cardiologie proprement dite. Mais avant tout je me dois de préciser que j’ai eu une chance inouïe dans ma vie professionnelle. J’ai pu d’abord réunir mes deux passions, la cardiologie et le sport, et j’ai ensuite pu modestement participer au développement de la cardiologie du sport qui occupe aujourd’hui une place reconnue.

Alors ma meilleure expérience professionnelle ? Hé bien c’est d’avoir un petit peu aidé à l’obtention d’une médaille d’or française aux Jeux Olympiques d’Atlanta. Et oui j’ai eu la chance d’être sollicité pour être le médecin de l’équipe de France de Canoë-Kayak, poste que j’ai occupé pendant 9 ans. J’ai ainsi pu participer, seulement en tant que médecin je vous rassure, aux Jeux Olympiques de Barcelone et d’Atlanta. Rappelez-vous Atlanta 1996 ! Mohamed Ali qui allume la flamme olympique, Carl Lewis, les deux médailles d’or de Marie-José Pérec, pour moi la plus grande championne que la France ait connu, et… La médaille d’or du canoé biplace français décrochée par Adisson-Forgues et cerise sur le gâteau dans la même épreuve le duo Saidi-Delrey s’octroie la médaille de bronze. Que rêver de mieux ?

 

Quel serait votre principal regret ?

Dans le domaine de la cardiologie du sport c’est sûrement celui de ne pas être encore capable d’estimer devant la découverte d’une pathologie cardiovasculaire chez un sportif le risque individuel de survenue d’une aggravation ou d’un accident en cas de poursuite de sa pratique sportive. Se limiter à un niveau de risque absolu souvent grossièrement déterminé m’a poussé à interdire une pratique sportive à des sujets auxquels il ne serait probablement rien arrivé de grave s’ils avaient poursuivi leur sport. Si avec le temps, l’expérience m’a sûrement aidé à limiter ces cas, le regret perdure pour les précédents.

Comment voyez-vous le futur ?

Je vais me limiter à la médecine. Il y a tant de domaines que je connais peu ou mal que j’avoue que j’ai un peu de difficultés à me projeter dans l’avenir. Pour le positif je pense que les progrès associés de l’imagerie et de l’interventionnel vont exploser. La miniaturisation doit nous permettre de visualiser à l’extrême l’intérieur de nos vaisseaux et de nos organes et aussi d’intervenir à l’endroit précis et seulement là où cela est nécessaire. Mais j’ai aussi une crainte pour le futur. Que la médecine en France rate le virage de la vraie association médecine curative et médecine préventive. La médecine toute curative, « the cure », atteint ses limites d’efficacité et financières, il nous faut lui associer réellement la médecine préventive, « the care ». Les preuves de l’efficacité de la prévention, primaire, secondaire et tertiaire, sont majeures tout comme celle de l’association des deux médecines dans le traitement de la plupart des pathologies chroniques est là. Certes nous sommes en retard en France dans le domaine de la médecine préventive en cardiologie comme dans les autres disciplines mais il ne tient qu’à nous de renverser la tendance. D’une part ce serait folie je pense que de priver nos patients des bienfaits de l’association de ces deux médecines préventive et curative et d’autre part le coût financier lié à l’explosion des pathologies chroniques va être tel dans quelques années que nous ne pourrons pas faire face. La jeune génération de médecins me semble plus convaincue que la mienne, alors tout n’est peut-être pas perdu.

François Carré,
Rennes

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