L’ÉDITO de Nicolas Danchin

Bizarre, vous avez dit bizarre…

 

Les temps sont plutôt moroses. Aussi je vous propose, comme cela m’arrive régulièrement, de vous faire une petite sélection des articles de Noël parus dans le BMJ. Cela devrait égayer un peu vos (très longues) soirées !

Une étude suédoise (dont je m’empresse de préciser qu’elle n’a pas été commanditée par CORDIAM) analyse le risque d’apparition de diabète chez les chiens et les chats … et chez leurs maître(sse)s. Les populations étudiées sont considérables : 208 980 paires de propriétaires de chiens et 123 566 paires de propriétaires de chats, inclus entre 2004 et 2006 et suivis entre 2007 et 2012 ! L’incidence d’apparition de diabète pendant le suivi est de 7,7 / 1000 personnes-années chez les propriétaires de chiens et 7,9 / 1000 personnes-années chez les propriétaires de chats. Chez les animaux l’incidence d’apparition du diabète est de 1,3/1 000 chiens-années et 2,2/1 000 chats-années. Les propriétaires de chiens qui deviennent diabétiques ont 38 % de risque supplémentaire de développer un diabète ; réciproquement, le risque de devenir diabétique pour les chiens ayant un(e) propriétaire devenu diabétique est augmenté de 28 %. En revanche, absolument aucune association n’est retrouvée chez les propriétaires de chats. En conclusion, vous pouvez donner à manger ce que vous voulez à vos chats, mais faites attention à la nourriture de vos chiens ! L’étude ne dit d’ailleurs pas combien des propriétaires de chiens leurs volaient régulièrement leur nourriture …

Autre enseignement pour la vie quotidienne, à partir d’un travail californien qui a étudié la mortalité post-opératoire lorsque le geste chirurgical est effectué le jour de l’anniversaire du chirurgien ou un autre jour. En tout, 980 876 interventions communes ont été réalisées par 47 489 chirurgien(ne)s, dont 2 064 gestes (0,2%) un jour d’anniversaire. Après ajustement statistique, la mortalité à 30 jours est de 6,9 % quand la chirurgie est effectuée un jour d’anniversaire, contre 5,6% un autre jour, soit un excès significatif de mortalité de 1,3% (P=0,03). Moralité : avant de vous faire opérer, renseignez-vous sur la date de naissance du (de la) chirurgien(ne) ; une boîte de chocolats à son assistante devrait suffi re et vous reviendra infiniment moins cher que la prime d’assurance, surtout en Californie.

Toujours au chapitre (chat pitre ?) de la chirurgie, la façon optimale de traiter les fractures proximales de l’humérus semble ne pas faire consensus. Une étude germanoaméricaine a comparé les recommandations sur les choix thérapeutiques faites par un groupe d’experts traumatologues et par 5 macaques (macaca sylvanus) élevés en semiliberté, auxquels 9 cas cliniques étaient présentés. Ils devaient dire s’il fallait opérer ou non et quel résultat était attendu à un an. Les traumatologues ont recommandé plus souvent une intervention orthopédique (57%), tandis que les macaques avaient une préférence pour le traitement conservateur (56%). Globalement, les experts étaient assez rarement d’accord entre eux, et les macaques encore plus rarement. Dans une analyse de sous-groupe concernant les patients de plus de 65 ans, les avis discordants étaient cependant aussi fréquents chez les experts que chez les macaques. Quant à la prédiction de la récupération fonctionnelle à un an, les résultats étaient franchement meilleurs pour les macaques (29% de prédictions correctes) que pour les experts (4%). Cette étude laisse rêveur… on aimerait pouvoir lancer un travail analogue pour évaluer les décisions d’angioplastie coronaire chez des patients coronariens stables !

En conclusion, n’hésitez pas à toujours prendre du recul par rapport à ce que l’on vous apprend.

 

Nicolas Danchin

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