Effets comparés du cassoulet et de la choucroute garnie

En hommage à Georges Pérec

 

Le but de l’étude a été d’évaluer, chez 1 837 malades consécutifs, les effets comparés du cassoulet William Piquet (CASS) et de la choucrouteSauduelle (CHOU), dans l’angor mésentérique. Après les procédures d’exclusion classiques, 8 malades ont pu être évalués et ont reçu selon un protocole randomisé, crossover en double aveugle, une dose orale de 22,5 g/kg de CASS ou de CHOU. Les résultats ont fait apparaître une différence significative dans la survenue de crises d’angor mésentérique et dans les différents critères de sévérité. Ces résultats permettent de recommander la prise régulière de couscous en cas de suspicion d’angor mésentérique. MOTS CLÉS : avril, poisson.

 

L’angor mésentérique reste une pathologie particulièrement invalidante.1 Avec l’avènement de la nouvelle cuisine, son incidence, sa fréquence et sa prévalence sont allées en diminuant. Toutefois, un certain retour à une cuisine plus traditionnelle fait redouter une prochaine résurgence de la maladie. 2 Bien que le mécanisme physiologique de déclenchement des crises soit encore incomplètement élucidé,3-5 plusieurs travaux 6-9 ont mis en évidence une nette relation avec l’absorption de certains types d’aliments.
Il nous a donc paru intéressant de tester, chez des malades ayant un angor mésentérique documenté, les réactions à l’absorption de plats du terroir risquant de redevenir de consommation courante : le cassoulet toulousain et la choucroute garnie.

 

Population et méthodes

 

Population

Critères d’inclusion

Tous les malades hospitalisés de juin 1961 à octobre 1988 et présentant une symptomatologie typique ont été inclus. L’angor mésentérique était défini par l’association des critères suivants :

  • critères abdominaux, violente douleur abdominale périombilicale, à irradiation classique « en queue de pie »,10 imposant au sujet la recherche frénétique et souvent désemparée de tout endroit approprié (y compris « à la turque ») ;
  • critères comportementaux, cris véhéments ou même insultes à la maîtresse de maison fréquemment accompagnés du jet brutal à terre des restes du repas (signe de l’assiette brisée) ;11
  • critères électriques, à l’électro-intestinogramme (EIG), sur les dérivations ventrales, apparition d’une ondulation caractéristique (fig. 1) ;
  • critères thérapeutiques, résolution de la crise par ingestion d’un vasodilatateur puissant (whisky, bourbon, ou tout autre dérivé de la même classe thérapeutique).

Critères d’exclusion

Ont été exclus de l’étude : les nourrissons encore allaités ; les femmes enceintes ou susceptibles de le devenir ; 12 les vieillards totalement édentés ; les malades ayant une intolérance connue au chou, au haricot ou à la saucisse ; les malades ayant refusé de participer à l’étude pour des motifs religieux ou personnels valables ; les malades originaires d’Alsace ou du Sud-Ouest, susceptibles d’avoir développé une dépendance à l’un ou l’autre des produits testés ; les malades frappés de cécité après avoir donné un consentement trop éclairé ; etc.

 

 

Description de la population

Sur les 1 837 malades répondant aux critères d’inclusion, 1 827 ont été exclus (tableau I). Deux malades, initialement inclus dans l’étude, ont dû être exclus secondairement pour incompatibilité d’humeur avec l’investigateur principal. La population d’étude se compose donc de 8 malades. Les caractéristiques cliniques sont détaillées dans le tableau II.

 

 

Méthodes

L’étude a nécessité l’utilisation des appareillages suivants : électrodes d’EIG, placées au niveau des localisations ventrales habituelles par une technicienne spécialement formée (90, 60, 80 en 1961 ; 85, 90, 90 en 1988) ; microphone directionnel ultrasensible pour le recueil fin des borborygmes et flatulences ; microphone d’ambiance pour le recueil des commentaires et appréciations du malade.
Un « minibar » pharmaceutique, renfermant l’antidote salvateur (Kentucky straight Bourbon, 45 vol p. cent, 1 US gallon) était disponible en permanence en cas d’urgence.

Protocole

Pour chaque malade, l’étude a été menée sur 3 jours consécutifs, à horaire fixe selon un protocole randomisé, cross-over en double aveugle.
La substance CASS consistait en un cassoulet toulousain (boîtes de conserve non étiquetées, établissements William Piquet) et la substance CHOU consistait en une choucroute alsacienne (boîtes de conserve non étiquetées, établissements Sauduelle). Les boîtes ont été ouvertes personnellement par l’investigateur principal, dont les yeux avaient été préalablement bandés et le nez pincé pour assurer le strict respect du double aveugle. Pour chacune des substances, la dose administrée per os a été de 22,5 g par kg de poids corporel. La durée de l’administration n’a jamais excédé 10 minutes et aucun autre aliment ou boisson n’était autorisé. Les données cliniques, électro-intestinographiques et microphoniques ont été enregistrées à l’état de base, puis toutes les 30 secondes après l’administration du produit, pendant une durée de 3 heures, 22 minutes et 47 secondes

 

 

Analyse statistique

L’analyse statistique a été réalisée selon la méthode du livre ouvert. 13 En bref, le résultat du test était significatif (p < 0,05) lorsque la première lettre d’une page ouverte au hasard dans un livre de plus de mille pages (à l’exception des textes sacrés et des dictionnaires) était une voyelle. Ce test, d’une grande puissance statistique, peut être appliqué à des populations dont la répartition ne suit pas du tout une loi normale. Il ne nécessite toutefois pas d’équipement informatique particulièrement sophistiqué.

 

Résultat

 

Clinique

Aucun malade n’est décédé pendant la durée de l’étude, sauf peut-être un. Seulement 7 malades du groupe CASS ont présenté des douleurs abdominales, contre tous ceux du groupe CHOU, sauf un (p < 0,02).

Enregistrements

Le nombre moyen par minute d’insultes à l’investigateur principal n’a cependant pas été significativement différent entre les 2 groupes (25,3 ± 105,7 groupe CASS, vs 32,8 ± 89,8 groupe CHOU).
Les enregistrements microphoniques ultrasensibles font apparaître une nette différence dans l’intensité des borborygmes intestinaux (58 ± 12 dB, groupe CASS, vs 39 ± 20 dB groupe CHOU ; p < 0,0001). Les enregistrements des flatulences, totalement saturés, ont été ininterprétables.

EIG

Tous les tests se sont avérés positifs, sauf pour 6 malades dans le groupe CASS et 5 dans le groupe CHOU. Une nette relation dose-effet a été observée (fig. 2).

Temps moyen de recours à l’antidote (fig. 3)

Le temps moyen de recours à l’antidote (MTTSKSW) 14 n’a pas été statistiquement différent entre les 2 groupes (groupe CASS = 5 à 120 min, moyenne 38 ± 55 min ; groupe CHOU = 1 à 180 min, moyenne 52 ± 105 min). Néanmoins une analyse de sous-groupe en fonction des habitudes œnoliques fait apparaître des interférences quant au rôle exact de l’antidote. Dans le sousgroupe CASS-1 (2 malades, consommant moins d’un litre-équivalent vin par jour), le MTTSKSW était de 70 ± 90 min ; dans le sous-groupe CASS-2 (6 malades, consommant plus de 2 litreséquivalent vin par jour) le MTTSKSW était de 6 ± 1 min. De même, dans le sous-groupe CHOU-1 (1 malade, le second ayant brutalement développé un goût immodéré pour l’alcool après la première partie de l’étude), le MTTSKSW était de 179 ± 20 min ; dans le sous-groupe CHOU-2 (maintenant 7 malades !) le MTTSKSW était de 2 ± 0,03 min. Ces différences n’atteignent toutefois pas le seuil de significativité statistique.

 

Discussion

 

La présente étude montre à l’évidence la meilleure tolérance de la choucroute, ingérée en quantités raisonnables, chez les malades atteints d’angor mésentérique. Bien que la fréquence d’apparition des crises après choucroute ne soit pas plus faible que celle obtenue par l’ingestion de cassoulet, il est en effet aisé de constater que tous les autres indices de tolérance, d’intolérance, de sévérité et de bénignité ne sont pas différents.

Toutefois certaines critiques méthodologiques viennent à l’esprit :

  • on ne peut totalement exclure la possibilité d’un effet-marque (trade-mark effect des auteurs anglo-saxons) ; 15 toutefois, plusieurs travaux de l’ACCCCC (Association coopérative des consommateurs de cassoulet ou de choucroute en conserves) n’ont pu mettre en évidence de différence gustative significative entre les raviolis de marque Pantucru et les quenelles en sauce de marque Bargit ; 16
  • la fiabilité de l’EIG dans la pathologie ostéo-articulaire a été largement démontrée ; 17 son utilisation dans les pathologies intestinales est cependant critiquable en raison de la limite physique des 0,72 mm, comme récemment démontré par P. Lincoln et al. 18 ;
  • les conditions atmosphériques entre les 2 phases de l’étude ont souvent varié de manière importante ;
  • les variations thymiques de l’investigateur principal, sa tempérance et ses réactions aux insultes proférées par les malades ont pu influencer les résultats ; 19 ainsi, l’un des malades du groupe CASS a présenté une perte de connaissance brutale de quelques minutes, avec apparition concomitante d’un hématome du cuir chevelu, vraisemblablement non directement imputable au produit testé, comme confirmé récemment par les réparations judiciaires obtenues par le malade ;
  • enfin, l’étude n’a pas considéré d’autres effets délétères éventuels, pourtant classiques avec les produits testés. 20, 2

 

Conclusion

 

Au terme de cette étude, il apparaît raisonnable de recommander la consommation régulière de couscous aux malades atteints d’angor mésentérique.
À cet égard et afin de confirmer ces résultats préliminaires, une vaste étude multicentrique (CASS-COUS) est actuellement entreprise

 

Remerciements :

Les auteurs tiennent à remercier, pour leur assistance scientifique, le Pr Jan-Markus De Witte (CHU de Reijsel), les Dr et Pr Collier et Gromeau (CHU de Caen), ainsi que messieurs Baxter et Travenol, pour leur soutien aérien et leurs conseils techniques.

 

Nicolas DANCHIN
Yves JUILLIÈRE
Arnaud TERRIER
DE LA CHAISE
Christine SELTON-SUTY

Service de cardiologie Centre hospitalier universitaire de NancyBrabois Hôpital d’adultes 54511 Vandœuvre-lès-Nancy cedex

 

 

LA REVUE DU PRATICIEN (Paris) 1999,

SUMMARY

The trial CASS-CHOU in patients with mesenteric angina: the comparative effects of French cassoulet toulousain and Alsatian sauerkraut
Nicolas Danchin, Yves Juillière, Arnaud Terrier de la Chaise, Christine Selton-Suty
The goal of study was evaluate in 1 837 consecutive patients the comparative effects of French cassoulet (CASS) and international sauerkraut (CHOU). After procedures of exclusion classical, 8 patients could be evaluated and received in a randomised, doubleblind, crossover protocol an mouth dose of 22.5 g/kg of CASS or CHOU. The results show a very significative difference between the 2 products. A regular absorption of couscous is therefore recommendated.
La Revue du Praticien (Paris) 1999 ; 49 : 689-92

 

Références

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2. Mault H et Guillot C. Tendances passées, présentes et à venir de la cuisine en France, en Europe et ailleurs. Cuisines et Prospective 1983 ; 1 : 2-6.
3. Cosinus Z. The anemelectroreculpedalicoupeventombrosoparacloucycle is not responsible for mesenteric angina. In : Tricks A and Jokes T. Pathophysiology of mysterious phenomena. Cosby Pub. Loch Ness, 1990 : 108-10.
4. Tournesol T. Incapacité des techniques radiesthésiques sophistiquées à résoudre l’énigme de l’angor mésentérique. In : Tournesol T (ed). Moulinsart : Pendule et Coudrier Pub, 1965 : 26-35.
5. Tournesol T. Incapacité des techniques radiesthésiques usuelles à résoudre l’énigme de l’angor mésentérique. In : Tournesol T (ed). Moulinsart Pendule et Coudrier Pub, 1965 : 15-25.
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