Les fantasmes

 

Une œuvre des talentueux frères Foenkinos qui avaient déjà co-réalisé le sensible “La Délicatesse.” Diverses sources sont créditées sauf Sessomato (Sexe fou) de Dino Risi, une comédie italienne typique des années 70 pourtant sur le même thème : un couple a besoin de situations scabreuses pour parvenir à la jouissance comme être dans un transport public, cela sera un ascenseur ou nécessiter l’aide de son valet de chambre, de sa grand-mère… On riait tout le temps. Ici, même format de film à sketches, il y en a six, en beaucoup plus intellectuel, mais on rit tout autant. C’est aussi quasi de la sémiologie et d’ailleurs les fantasmes ont tous des noms grecs évocateurs, ludophilie, dacryphilie, thanatophilie, ou moins, hypophile (choisir l’abstinence comme mode de relations amoureuses) ou guère, sorophilie (être attiré par la sœur de l’être aimé) et enfin autogonistophylie (un nom compliqué pour du presque banal exhibitionnisme). Le sketch le plus médical est sur la thanatophilie et se déroule dans une unité de soins palliatifs où se fait engager comme accompagnatrices de fi n de vie le couple Carole Bouquet et Monica Bellucci, elles vieillissent très bien, dont la relation homosexuelle n’est pas le fantasme évoqué, cela serait trop facile, mais bien la proximité de la mort comme stimulant érotique. D’où des scènes à “mourir de rire” comme la déception affichée quand la phase terminale se révèle être une erreur de diagnostic et surtout un incroyable selfie des deux beautés souriantes en blouse blanche avec un défibrillateur en arrière-plan. En prime sur le générique une chanson terriblement sensuelle de April Stevens dont je recommande la version audio sur internet. Malgré la pléiade d’excellents acteurs même quand ils ne sont pas de La Comédie Française comme Denis Podalydès, le film recueille 2,4/5, une très mauvaise note sur l’application Allociné qui a dans sa nouvelle formule la mauvaise idée de ne plus séparer l’avis des spectateurs et celui des critiques, alors qu’il s’agit de la production de loin la plus intéressante des derniers mois, méritant au moins 4/5. 

 

Jean-Jacques Altman, Paris 

 

Cordiam N°41 – AOÛT – SEPTEMBRE 2021 

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