Le cœur – Hur Kyung-Ae 

Acrylique sur toile – 50 x 50 cm – 2022 Collection particulière

 

Hur Kyung-Ae est une représentante importante de l’art coréen contemporain. Née en 1977 à Gwangju en Corée du sud, elle utilise depuis l’enfance l’art et la couleur pour s’exprimer. Son travail récent est présenté à la Galerie Françoise Livinec à Paris.

 

« Enfant, la peinture était ma meilleure amie » confie-t-elle à ses visiteurs. Après sa scolarité au lycée français puis sa formation artistique à Séoul, elle décide en 2003 de venir se perfectionner à Paris, irrésistiblement attirée par la culture et la langue française qu’elle trouvait « élégante » mais aussi par les chansons qu’elle fredonnait inlassablement. Elle vit et travaille à Evreux. 

Ses toiles sont recouvertes de plusieurs couches d’acrylique de couleurs vives puis, une fois sèche, la matière épaisse et solide est grattée, scarifiée, déchiquetée à l’aide de couteaux de formes diverses en lames verticales ce qui lui confère du relief sur lequel joue la lumière et évoque un aspect organique d’écorce végétale. Même lorsqu’on les regarde frontalement, la tridimensionnalité de ses œuvres apparaît immédiatement. 

L’œil va cheminer dans les anfractuosités des nuances à la recherche de chaque détail chromatique. L’artiste utilise essentiellement les 3 couleurs primaires et leurs dérivées subtiles et parfois le blanc. Elle se nourrit particulièrement du spectre des couleurs qui décorent les temples coréens. Sur des aplats monochromes éclatent de multiples lignes colorées semblant signifier l’irrémédiable disparition de la matière picturale inlassablement travaillée. Son esprit est en alerte, « éveillé » dans ce travail de construction-déconstruction, méditatif mais aussi agressif. D’ailleurs, sous l’apparente douceur de sa personnalité s’exprime une certaine violence dans le choix des couleurs et par leur traitement à proprement parler « physique ».

 

 

Ce travail s’inscrit dans la continuité du mouvement artistique coréen Dansaekhwa, qui signifie littéralement « une seule couleur ». Encore peu connu en occident mais ayant émergé dès les années 70, il rassemble de nombreux artistes, tous adeptes du monochrome et se réclamant d’une esthétique « méditative ». Évitant toute référence au réalisme, c’est une synthèse entre l’esprit coréen traditionnel et l’abstraction occidentale. Mais c’est également une technique corporelle, l’acte physique transformant la surface de la toile et résultant d’une combinaison de « concentration, énergie, répétition et rapport à la matière » comme le revendiquent ces artistes.

Ce cœur date de 2022. C’est un petit format dans lequel toutes les caractéristiques du travail de Hur Kyung-Ae sont présentes. Hormis sa forme évocatrice du sujet traité, c’est une abstraction picturale pure, de couleur rouge-rosée avec de subtils dégradés, agrémentée de discrètes touches des 2 autres couleurs primaires, le jaune et le bleu et de leur mélange sous la forme quelques lignes de vert. Le matériau acrylique a été scarifié, déchiré et lacéré et les poussières de peinture semblent s’être mélangées et accumulées dans la partie inférieure de la toile comme par pesanteur.  

A la question posée sur la raison l’ayant conduite à traiter ce thème (unique dans son œuvre à ce jour), Hur Kyung-Ae répond dans un éclat de rire que c’est un hommage à son bonheur conjugal et familial. 

 

Pascal Guéret, Suresnes 

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