Le cœur en vacances

 

C’est l’été et, du coup, il m’a semblé opportun de me pencher sur les rapports entre activités estivales et cœur (anatomique, pas l’autre !).

 

Commençons par l’eau. A dire vrai, on trouve un peu de tout sur les liens entre les activités nautiques et le cœur. Le plus souvent, les articles décrivent les bienfaits de l’entraînement physique en milieu aquatique chez les coronariens ou même chez les patients insuffisants cardiaques. Mais il apparaît aussi que les effets cardiaques de l’immersion dépendent pour une bonne part de la température de l’eau. Le double produit (fréquence-pression) lors de l’immersion est plus élevé dans une eau froide que dans une eau chaude ; en revanche, lors de la nage, il n’y a plus de différence. Chez les insuffisants cardiaques, l’eau froide peut générer des ESV. C’est le cas également de l’entraînement dans une eau à 28-30°C pour les coronariens, qui peuvent alors développer des extrasystoles ventriculaires ou supra-ventriculaires, habituellement bénignes. Dans une eau à 25°C, nager pendant 20 minutes augmente la rigidité artérielle et fait monter la fréquence cardiaque de façon plus marquée que la nage dans une eau à 30°C. Un travail scandinave chez de valeureux et sveltes triathloniens a pu montrer un risque d’hypothermie centrale lors d’une nage prolongée dans une eau à 15°C, malgré le port d’une combinaison.
Toujours plus fort, terminons par une activité que je me refuse à vous conseiller, la nage en eaux glacées (genre, dans un chenal percé dans la banquise) ; s’il ne semble pas y avoir d’effet négatif sur la santé chez les nageurs habitués à ce type d’exercice, il a pu s’avérer mortel soit par une réaction syncopale de type hydrocution, soit par une hypothermie majeure, en l’absence d’entraînement spécifique. Enfin, indépendamment de la température de l’eau, la plongée a pu être à l’origine de cardiopathies de stress (tako-tsubo) entraînant un œdème pulmonaire ; comme pour les tako-tsubo classiques, l’atteinte myocardique est alors réversible.

 

Passons à la montagne. On sait tous que l’hypoxie en altitude augmente le travail cardiaque. Combinée à l’effort physique nécessaire pendant les activités sportives (qu’il s’agisse de la randonnée, de l’escalade ou du ski, d’été en l’occurrence), le risque d’accident cardiaque et de mort subite se trouve alors augmenté. Le risque est plus important le premier jour et en fi n de matinée ; le jeûne relatif et la déshydratation sont des facteurs aggravants. M. de La Palice n’aurait pas dit mieux : les antécédents coronariens et l’absence d’entraînement majorent nettement le risque, qui reste fort heureusement modéré malgré tout.

 

Continuons par le soleil, que je vous souhaite pour cet été : les insuffisants cardiaques ont souvent un déficit en vitamine D ; c’est moins souvent le cas chez ceux qui vivent dans des régions ensoleillées. D’autres travaux montrent cependant que l’exposition au soleil régulière est insuffisante pour protéger les patients coronariens d’un déficit en vitamine D. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas attendre du soleil un traitement souverain pour les cardiopathies.
Au chapitre des vacances, il n’est pas possible de ne pas évoquer les voyages en avion. On constate que les urgences en vol les plus communes sont les syncopes. Toutefois, la mortalité est exceptionnelle : dans une revue récente portant sur 1,5 milliards de passagers, on notait une incidence de décès de 0,21 par million de voyageurs.

Bref, l’eau est bénéfique, sauf quand elle est dangereuse… quant à la montagne, il vaut clairement mieux ne pas se précipiter d’emblée vers les très hautes altitudes, mais s’acclimater en moyenne montagne, comme il est préférable d’être entraîné avant de se lancer dans de longues randonnées, en se sustentant et en buvant régulièrement. Qu’il fasse grand soleil ou qu’il pleuve, votre cœur, mais pas forcément votre moral, ne s’en portera pas vraiment différemment. Et quant au transport aérien, réjouissons-nous en pensant aux accidents cardiaques que la pandémie nous aura permis d’éviter !

Nicolas Danchin

 

Cordiam n°40, JUIN – JUILLET 2021

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